Tout va bien en Enfer
Troisième partie
Chapitre 1
Le soleil se couchait au loin dans les vagues.
L’air avait la teinte orangée propre aux fins de journées d’été.
Flo était assise sous un pin, les pieds dans les galets. De là où elle était, on ne sentait presque pas les égouts qui se déversaient dans la mer.
Il s’agissait de la seule plage offerte aux Non-Alignés et la plupart n’y allaient jamais, la perspective de marcher des heures pour se baigner au milieu de la fange ne semblant pas avoir beaucoup d’attrait pour ceux qui y vivaient et y travaillaient déjà.
On n’y croisait pas d’Alignés non plus, la région regorgeant de plages magnifiques et bien plus propres ; ceux-ci n’y passaient jamais, de sorte que Flo était rarement dérangée.
Elle aimait être là. Elle chérissait ces moments, seule face à l’azur. La mélodie des vagues, le chant des cigales, la légère brise et le soleil sur son visage lui faisaient presque oublier sa vie de misère.
Cela lui rappelait l’heureuse époque de l’innocence où, entourée de ses parents, elle était persuadée que tout irait bien, que le monde était un endroit merveilleux et que la vie était belle.
Elle ferma les yeux. Le Conseil n’existait plus. Elle n’était plus une paria. Elle n’était plus seule face à un système inhumain. Là, face à la mer, elle était libre.
Par la pensée, elle transformait le monde.
Les Hommes étaient égaux.
Certes, la naissance était toujours un facteur de prédestination sociale, mais la puissance publique mettait en place des politiques efficaces pour permettre à chacun de découvrir de nouveaux horizons, et l’accès aux postes était le fait des qualités des personnes et non plus de leurs cercles sociaux.
Les États n’étaient plus des organisations au service des élites, des pourvoyeurs de richesses pour des bourgeois cupides. Ils étaient la matérialisation de peuples unis par la volonté de vivre ensemble et de composer une structure sociale juste et protectrice, à même de garantir leur souveraineté et l’intégrité de leurs identités.
Les États se rassemblaient en organisations régionales et créaient de grands pôles de puissance équilibrés.
Tous les peuples ne s’aimaient pas et n’appréciaient pas forcément les modes de vie de leurs voisins mais la stabilité de l’équilibre mondial les poussait à travailler ensemble dans l’intérêt de tous, ou, à défaut, à s’ignorer cordialement.
Les États étaient organisés de manière assez similaire avec quelques variations locales. On retrouvait presque toujours un parlement et un conseil qui coordonnait et orientait l’action du gouvernement.
Le Parlement était composé de représentants des différentes composantes de la société ; ceux-ci étaient élus pour une période de quatre ans et renouvelés par moitié tous les deux ans.
Par ailleurs, les élus ne pouvaient pas effectuer plus de deux mandats et la moitié des sièges étaient réservés à des individus n’ayant aucune connexion réelle avec des personnes ayant déjà occupé un mandat.
La moitié des sièges étaient réservés aux hommes, la moitié aux femmes et, parmi ces catégories, les sièges disponibles étaient répartis par âge : les moins de trente ans d’un côté, les trente à cinquante-cinq ans de l’autre et enfin les plus de cinquante-cinq ans.
De cette manière, les instances de pouvoir étaient réellement représentatives de la population et donnaient à chacun un juste poids dans la vie de la Nation.
On évitait par ailleurs ainsi l’établissement de dynasties d’élus à vie complètement déconnectés de ceux qu’ils étaient censés représenter, bien plus préoccupées par leurs intérêts que par ceux de la société.
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