Tout va bien en Enfer
Troisième partie
Chapitre 3
La maximisation de l’impact positif de l’État sur le reste de la société passait par un système d’impositions, simple, stable, juste et facile à gérer.
Il se composait principalement de quelques prélèvements.
Une taxe sur la valeur ajoutée comprise entre cinq et vingt pour cent venait taxer la consommation.
Les entreprises ne payaient pas d’impôts sur leurs bénéfices ; à la place, elles étaient tenues de verser dix pour cent de leurs bénéfices en parts égales à tous leurs employés et contribuaient à hauteur de quinze pour cent de leurs bénéfices à un fonds qui était redistribué de manière égale à tous les travailleurs.
Les particuliers ne payaient pas non plus d’impôts sur leurs revenus ; à la place, ils s’acquittaient d’une cotisation de trente pour cent sur tous leurs revenus et percevaient en échange un revenu de redistribution universel. Ce revenu universel était calculé simplement : l’ensemble des revenus perçus pour rémunérer le travail ou le capital des individus était placé dans un pot commun. On donnait à chacun une somme identique, de sorte que plus les inégalités de revenus étaient fortes, plus l’effet de redistribution était important.
Il garantissait aux plus pauvres un revenu décent tout en montrant aux membres des classes laborieuses que c’étaient bien les plus aisés qui captaient les richesses produites ; en effet, seule une part très limitée de la population voyait son revenu effectivement diminué par cette cotisation et, même parmi eux, la majorité avait de fait des taux de prélèvement faibles.
L’État garantissait à chacun une protection minimale contre les aléas inévitables de l’existence humaine en prélevant un tiers des revenus du travail que percevaient les individus. Ceux-ci se voyaient ainsi assurer une retraite, avaient un accès égal à un système de santé de qualité, étaient assurés contre le chômage et la maladie…
Pour assurer son fonctionnement et stimuler l’économie, l’État pouvait s’appuyer sur l’un des leviers les plus puissants qu’un système économique puisse imaginer : le prélèvement monétaire. Comme le faisaient les États Assemblés, une partie des sommes déposées sur les comptes en banque était prélevée chaque jour. Mais, au lieu de récompenser les fidèles du système, elles servaient à financer l’action publique, à garantir un revenu universel et à financer une prime équivalente qui récompensait ceux qui travaillaient ou qui avaient travaillé et qui étaient désormais à la retraite.
Flo venait de détruire la corruption et l’injustice des États.
Par ce nouveau système elle avait largement ébranlé les fondements de la Corporation, il était temps pour elle d’achever son démantèlement.
La Corporation n’existait plus.
Elle avait été fragmentée dans l’intérêt de tous.
Chaque État disposait, en propre ou en association avec d’autres États, de son pôle de puissance d’entreprises publiques garantissant un degré minimum de concurrence et assurant la souveraineté des peuples.
Par ailleurs, les États disposaient de participations dans les entreprises privées opérant sur leur sol, acquises en finançant leurs investissements par des augmentations de capital plutôt que par des subventions, de sorte que les intérêts privés servaient l’intérêt public.
Les rentes de ces participations étaient distribuées de manière égale à chaque citoyen.
Une partie du capital de chaque entreprise privée conséquente était réservée à des actionnaires des pays où elles étaient implantées, tandis qu’une partie était réservée à des actionnaires étrangers ; ainsi, la bonne fortune passagère des uns tirait vers le haut les moins chanceux dans leurs moments difficiles. Ce chaînage d’intérêts participait au bien-être global puisque chacun trouvait un bénéfice à voir les autres prospérer.
L’État avait obligation de réserver une partie de ses achats à chaque type de structures pour servir au mieux l’intérêt général. Il se fournissait auprès d’entreprises publiques, de petites et de grandes entreprises privées locales et réservait toujours une part de ses achats à des entreprises étrangères pour diversifier ses approvisionnements et favoriser les liens entre les pays.
L’État favorisait également le développement des petites entités de commerce et d’industrie grâce à un maillage fin de locaux commerciaux qu’il louait pour plusieurs années à faible coût à de jeunes entreprises ou à des entreprises en restructuration, le temps pour elles de stabiliser leur activité.
Ainsi, les conditions de concurrence et la redistribution permanente des richesses permettaient l’émergence d’entreprises et évitaient une concentration du pouvoir économique aux mains d’un seul groupe de personnes.
Les entreprises participaient au bon fonctionnement de la société ; elles devaient participer à la formation des travailleurs, leur permettre d’acquérir de l’expérience, embaucher les jeunes, maintenir en emploi les moins jeunes et ne pas priver d’emploi les personnes présentant des handicaps.
Pour cela, des impôts étaient mis en place et les entreprises pouvaient déduire une partie des frais de formation de leurs employés et des salaires de ceux qui avaient moins de trente ans ou plus de soixante ans, qui présentaient un handicap ou qui étaient en apprentissage, de sorte que si elles faisaient leur part dans l’atteinte des objectifs fixés, elles ne devaient rien à l’État.
Par ailleurs, les médias, les industries culturelles et sportives étaient soutenus directement par les citoyens pour empêcher que l’expression de la pensée et le divertissement du peuple ne soient détournés par les puissants pour servir leurs intérêts.
Chaque citoyen disposait d’une somme d’argent garantie dans le budget de l’État qu’il pouvait utiliser pour aller voir des spectacles ou des événements sportifs, acheter des livres, des journaux ou financer des œuvres d’art.
La culture et l’information n’étaient plus des instruments de pouvoir mais l’expression de la pensée et de la volonté humaine.
Les travailleurs avaient droit à une retraite partielle à partir de cinquante-cinq ans et réduisaient ainsi leur temps de travail en laissant la place aux plus jeunes.
Ils étaient incités à travailler aussi longtemps qu’ils le voulaient ; lorsqu’ils touchaient leur retraite en totalité à partir de quarante années de labeur, ils pouvaient continuer à travailler quelques semaines dans l’année pour accroître leurs revenus et continuer à se sentir utiles. On leur réservait cependant les tâches les moins pénibles et ils étaient souvent employés à aider les autres ou à conseiller les plus jeunes.
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